Dossier

Marc Juhel : « La Banque Mondiale, partenaire des projets Ville-Port »

lundi 18 mars 2013

La Banque Mondiale est l’une des institutions spécialisées développées sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU). La Banque Mondiale est un partenaire essentiel des villes portuaires dans le cadre de la mise en œuvre de leurs projets. Sa stratégie et ses actions en faveur du développement des projets ville-port sont encore parfois largement méconnues. Pour en savoir plus, l’AIVP questionne Marc Juhel Responsable du Secteur des Transports au siège de la Banque à Washington.

AIVP : La Banque Mondiale a manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour les travaux de l’AIVP sur l’évolution des dynamiques ville-port. En quoi l’action de l’AIVP rejoint-elle les préoccupations actuelles de la Banque Mondiale, et vos objectifs de développement stratégique pour le transport et le développement urbain ?

Marc Juhel : La population mondiale est déjà plus qu’à moitié urbaine, et la grande majorité de l’accroissement attendu au cours du 21e siècle se fera dans les villes des pays pauvres et encore en voie de développement. C’est dire qu’aujourd’hui l’agenda urbain s’affirme comme un des axes critiques de toute politique de développement durable. Simultanément, aider ces pays à sortir de la pauvreté chronique demande à faciliter l’émergence d’une croissance forte, seule à même de générer les bénéfices économiques nécessaires. Or cette croissance viendra pour une large part de l’augmentation des échanges commerciaux internationaux, le commerce extérieur et l’accès aux marchés globaux devenant les vecteurs privilégiés des politiques de développement économique. Et ces échanges se faisant encore par voie maritime à 90% en volume, c’est là que les agendas urbain et transport se rencontrent. Les villes portuaires sont désormais des plates-formes d’échange non seulement nationales, mais souvent aussi régionales et internationales, et la dynamique ville-port doit donc concilier les exigences d’un développement urbain équilibré avec celles d’une industrie logistique toujours à la recherche d’une optimisation des flux de transport en termes de temps et de coût. D’où parfois des logiques antagonistes quant à l’utilisation de l’espace, et la nécessité d’arbitrer ces conflits au mieux des objectifs de la cité comme de la nation. La Banque Mondiale, quand elle en a l’occasion, aide ses pays clients et leurs métropoles portuaires à réaliser au mieux cet arbitrage.

AIVP : La nécessité d’une bonne intégration urbaine, tant spatiale que fonctionnelle, des ports est-elle devenue un critère important pour l’attribution des prêts de la Banque Mondiale ?

M.J. : Dans cet esprit, la Banque s’attache à souligner l’importance de cette intégration spatiale et fonctionnelle, qui demande parfois la séparation physique des flux entre trafic urbain et trafic portuaire, mais aussi offre souvent l’occasion de mettre en évidence la complémentarité des politiques portuaires et urbaines, en particulier lors des opérations d’extension portuaire et de reconversion d’infrastructures économiquement obsolètes. En conséquence, lorsque la Banque est approchée dans le cadre d’une opération de développement urbain ou portuaire dans une ville-port, nos équipes prennent soin d’ajouter au menu des discussions la prise en compte de cette interface et les actions que cette problématique pourrait suggérer.

AIVP : Quelles opérations ville-port ayant bénéficié de financements de la Banque Mondiale vous semblent-elles particulièrement emblématiques à cet égard ? En quoi vous semblent-elles exemplaires ?

M.J. : Le projet de Rijeka* en Croatie a été un récent exemple d’opération portuaire intégrant des opportunités de redéveloppement urbain et de valorisation du patrimoine maritime des agglomérations côtières. Plus ambitieux peut-être, le Programme de Développement des Villes Portuaires du Yemen vise à améliorer le climat des investissements tout en encourageant la croissance et la création d’emplois dans les trois villes portuaires d’Aden, Hodeidah et Mukalla. Ce programme, étendu sur douze ans, commença avec des investissements en infrastructure à petite échelle, puis se poursuivit par la conception de stratégies de développement urbain pour chacune des trois cités portuaires. Puis des projets spécifiques, tels les Premier et Deuxième Projets de Développement des Villes Portuaires du Yemen, ont aidé à mettre en œuvre les actions identifiées dans ces stratégies de développement.

AIVP : La question de la ville « durable » et « vivable » est à l’agenda de la Banque Mondiale. Dans ce domaine quelles sont, selon vous, les initiatives à encourager en matière de coopération ville / port ?

M.J. : Rendre les villes plus efficaces économiquement et plus inclusives socialement, voilà un objectif capital en termes de développement et de lutte contre la pauvreté. Mais cette action s’insère dans un cadre plus large, que la Banque Mondiale définit sous le terme de Croissance Verte et Inclusive. Or les villes en général, et les villes portuaires en particulier, sont d’importants vecteurs de croissance économique. Les ports sont bien sûr des instruments privilégiés du commerce international, et les villes qui les abritent se trouvent donc au premier plan de la compétition globale pour l’accès à de nouveaux marchés. Assurer une synthèse efficace entre les besoins des outils portuaires dans la chaîne logistique internationale et les nécessités pour les villes où ils opèrent de mettre en œuvre un développement socialement équilibré, voilà ce qui doit guider les institutions financières internationales dans leur assistance aux villes portuaires de leurs pays clients. C’est ainsi l’approche suivie par la Banque Mondiale.

* Le port et la ville de Rijeka sont des membres actifs de l’AIVP


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