Ecologie industrielle et territoires portuaires
mercredi 4 janvier 2012
Une stratégie d’avenir, une réalité à l’échelle internationale
L’écologie industrielle et territoriale vise à optimiser les cycles de matières et d’énergie en créant des synergies entre industries, les déchets de l’une devenant par exemple la matière première de l’autre. Elle nécessite et initie ainsi de nouveaux schémas de gouvernance et de partenariat entre acteurs au sein des territoires. Des exemples de mise en pratique d’échanges de sous-produits ou de mutualisation d’utilités se multiplient à l’échelle internationale.
Les territoires portuaires intègrent de plus en plus cette approche innovante de gestion de leurs ressources et déchets, y voyant un facteur de différenciation non négligeable, dans un contexte mondial très compétitif. L’écologie industrielle et territoriale interpelle les autorités portuaires et les collectivités d’ancrage de ces zones industrialo-portuaires sur de multiples enjeux propres à leur stratégie de développement : socle d’une réflexion sur le développement de services et d’utilités pour le secteur industriel, elle est un vecteur d’attractivité et parfois même de maintien pour les entreprises. Source d’innovation et d’intégration environnementale, elle est un vecteur d’acceptation auprès des acteurs locaux. Interface entre de multiples intérêts et diverses compétences, elle est un vecteur du renouvellement des collaborations entre acteurs des ports et acteurs des villes.
On peut citer à titre d’exemple la démarche d’écologie industrielle initiée dans le territoire portuaire de Terneuzen. Au sein du Biopark Terneuzen, les entreprises développent spontanément des échanges de flux : WarmCO2 est ainsi l’exemple d’une opération collaborative entre l’autorité portuaire, Yara et Visser&Smit Hanab pour fournir en eau chaude et en CO2 un complexe de serres horticoles afin d’en améliorer la productivité. Zeeland Seaports appuie, facilite et étend cette dynamique à l’ensemble du territoire portuaire en créant leur « Multi-Utility provider », un vaste réseau de pipelines sous-terrain permettant de créer une véritable symbiose industrielle systématisant les échanges de flux entre les entreprises locales.
La diversité des contextes territoriaux rencontrés à l’échelle internationale permet aux autorités portuaires et aux parties prenantes de ces territoires d’explorer de multiples opportunités de mise en œuvre de l’écologie industrielle et territoriale. Si la compétition entre ports à l’échelle internationale est une réalité, les enjeux de développement durable ouvrent également la voie pour de nouvelles collaborations. Ils invitent à s’interroger sur
la production et le partage de connaissances dans un contexte de mondialisation ainsi que
sur la création d’une dynamique de mise en réseau et de capitalisation sur les marges d’innovation réelles et communes en matière de gestion des ressources.
Pour mieux appréhender ces enjeux, une équipe-projet constituée d’acteurs universitaires (Ecole des Mines d’Alès) et opérationnels (M-Atome) de l’écologie industrielle et territoriale en France, cofinancée par l’Agence française pour l’environnement (ADEME), réalise jusqu’en mai 2012 un premier recensement d’initiatives à l’échelle internationale et une analyse croisée de ces démarches de coopération innovantes en matière de gestion des ressources dans des territoires portuaires en Amérique du Nord, en Afrique, en Europe et en Asie-Pacifique. Alimentant les travaux de réflexion menés au sein des réseaux existants tels que l’AIVP, partenaire de ce projet, cela permettra de mettre en évidence les leviers et les freins propres à la mise en œuvre de telles coopérations dans les territoires portuaires : quels acteurs-clés pour la mise en œuvre de ces initiatives ? Quels positionnements efficaces de l’autorité portuaire dans ces démarches ? Quelles opportunités de synergies propres aux territoires portuaires ? Quels modes de financement pour leurs mises en œuvre ? Quels éléments de contexte favorables à la mise en œuvre de synergies entre acteurs ? Quels impacts réels en termes d’optimisation de la gestion des ressources ? Etc.
Nicolas Mat, Coordinateur de projet d’écologie industrielle et territoriale, M-Atome
(nicolas.mat.conseil@gmail.com)
Guillaume Junqua, maître assistant, LGEI, Ecole des mines d’Alès
Juliette Cerceau, doctorante, LGEI, École des mines d’Alès
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